mardi, mars 21, 2006

Morosité contagieuse.

Je suis heureux. Cette affirmation n'est pas seulement ponctuelle et propre à aujourd'hui, mais correspond plutôt à mon état d'esprit général depuis près de trois ans. Autrement dit, depuis que je suis avec Aurélia. Je partage ma vie avec quelqu'un que j'aime et qui m'aime, et avec qui la complicité est encore la même qu'au premier jour. J'ai la chance de pouvoir louer un appartement, à une époque où la crise du logement est sérieuse. Et depuis trois mois, j'exerce un boulot qui, s'il ne me satisfait pas totalement par rapport à mes aspirations d'adolsecent, me permet de subvenir à mes besoins tout en restant dans le domaine de l'audiovisuel.

Et pourtant, par moment, la morosité me gagne. Morosité ambiante d'une époque où les injustices sociales sont de plus en plus insupportables. Et où descendre dans la rue n'est pas forcément lié à un idéal fédérateur pour améliorer le monde, mais seulement à l'instinct de survie d'une génération qui veut éviter le pire pour son avenir. J'aurai voulu avoir un rêve. Mais notre génération ne croit plus en rien. Et surtout pas dans la classe politique. Nous savons depuis longtemps que la sphère du pouvoir n'est plus qu'une mascarade derrière laquelle tout n'est qu'économie de marché.

Alors, je me replie égoistement sur mon petit univers personnel, comme la plupart d'entre nous. Je cultive mon bonheur au quotidien, en essayant d'en faire profiter mes proches. Si seulement, cela pouvait suffire à améliorer le monde...

mardi, mars 14, 2006

Enfin une soirée pépère

Enfin une soirée calme. Il faut dire que la semaine dernière était bien exténuante. Et si la soirée raclette d'hier avec Louwaï et Bélinda était fort sympa, elle ne m'a pas permis de récupérer. Heureusement, ce soir, cela s'annonce tranquillou à la maison. Un bon petit repas, commencer à regarder la saison 1 de Clair de lune pour voir si c'est toujours aussi génial que dans mon souvenir, puis une bonne nuit de sommeil pour finir de me remettre de mon rhume carabiné. Et, à partir de demain, Aurélia et moi allons essayer de retourner un peu au cinéma. Parce que les concerts rock, c'est bien, mais pendant ce temps là, j'ai toujours Walk the line à voir, sans parler des sorties plus récentes comme Truman Capote. Et j'imagine qu'il ne vaut mieux pas que je regarde l'agenda des sorties de demain. Déjà que les affiches de Renaissance qui fleurissent dans Paris me font bien envie... C'est dur d'aimer le cinéma parfois...

samedi, mars 11, 2006

222... in Paris

Semaine trépidante suite à la venue sur Paris de 222, groupe ayant été à l'origine de mes sorties nocturnes dans le Vieux Nice à l'époque où j'étais étudiant. Et, en me ramenant à ces vieilles habitudes, leur passage dans la capitale a fortement perturbé le rythme de sommeil de ma factrice préférée (Aurélia, pour celui du fond qui ne suit pas). Le trio de base, composé de Louwaï, Bélinda et Mike, toujours aussi sympas, s'est renforcé de deux acolytes de choc, Christian et Fabrizio, issus d'un autre groupe phare de la scène niçoise : les Running Birds. Dès leur arrivée, lundi dernier, la soirée commence dans un bar, où c'est autour d'un verre que je renoue vraiment contact avec Louwaï et Bélinda (photos datant de 2001 ci-dessous) que je n'avais pas vu depuis deux ans. La soirée se poursuit à l'hippopotamus, où, en plus de sa capacité à reprendre inlassablement différentes garnitures avec sa viande, nous découvrons la gouaille toute italienne de Christian, le nouveau clavier du groupe, qui aurait pu tout aussi bien se lancer dans une carrière de one-man-show.

Louwai en 2001Belinda en 2001

Mercredi, plateau tremplin au Gibus, dans le cadre du festival Emergenza. Ce soir, huit groupes sont en lices pour accéder à l'étape suivante. A la fin de chaque prestation, le public dans la salle vote à main levée s'il a aimé le groupe ou pas. Le groupe qui a le plus de voix gagne sa place pour la prochaine phase éliminatoire. Avec un tel système, où les groupes parisiens arrivent à attirer leur propre public, on pourrait s'inquiéter pour 222, qui a forcèment moins de contacts sur la capitale. Finalement, après un set incroyablement énergique où Louwaï finira torse nu porté par la foule, le public en délire leur donnera plus de 100 votes, les amenant en deuxième position et donc qualifiés pour la prochaine phase prévue début avril.

Ce qui est impressionant à mes yeux, c'est leur évolution en deux ans. Leurs nouvelles compositions ont grandement bénéficié de leur travail avec un arrangeur, l'harmonie entre les différents instruments étant incroyablement plus travaillée qu'avant. La mélodie d'Hasta la victoria siempre me hante encore de longues heures après le concert.

Vendredi soir, le groupe joue au Stock (Paris XVIIIème), une petite salle appartenant à l'école de musique Atla où le groupe a fait ses classes. C'est accompagné de Nathalie, Olivier et Vijay que je filme leur prestation, que l'on qualifiera d'intimiste vu que le public ne s'est pas déplacé cette fois. Si cela a été une certaine déception pour le groupe, cela nous aura par contre permis d'obtenir des images réussies, à proximité du groupe. Il n'y aura plus qu'à rajouter quelques applaudissement au montage pour faire croire que la salle était pleine à craquer ;-) .

En attendant de découvrir leur album au mois de septembre (à défaut d'un DVD du concert de vendredi), n'hésitez pas à aller jeter un oeil sur leur site www.groupe222.com pour découvrir quelques extraits. Et si vous êtes sur Paris, jetez un coup d'oeil de temps en temps sur ce blog pour avoir une date du prochain concert dans le cadre du festival Emergenza.

jeudi, mars 02, 2006

Shadow of the Colossus

Plus de quatre ans après avoir marqué les esprits avec Ico, Fumito Ueda nous livre encore une fois un jeu à l'ambiance unique et envoûtante.

Sur un sentier au bord d'une falaise, un cavalier avance, transportant la dépouille inerte d'une jeune fille vêtue de blanc. Après avoir franchi de nombreux kilomètres, il arrive devant un passage étroit débouchant sur une immense vallée encastrée d'une ceinture alpine infranchissable. Face à lui, un pont interminable mène à un sanctuaire, dans lequel il pénètre. Après avoir déposé sur l'autel, le corps sans vie de celle qu'on imagine être sa fiancée, un esprit du nom de Dormin s'adresse à notre héros. Il lui propose un marché : si notre héros détruit les colosses errant dans cette contrée désertique, il pourra alors ramener sa bien-aimée à la vie...

Suite à cette énigmatique séquence d'ouverture, le jeu démarre. Vous prenez le contrôle du héros. Après avoir enfourché votre cheval, répondant au nom de Agro, vous commencez à traverser la plaine. En levant votre épée sacrée au soleil, vous déterminez la direction à suivre, les rayons lumineux refletés par votre arme se concentrant là où se situe votre prochain adversaire. Vous arrivez au pied d'une falaise. En l'escaladant, vous découvrez ainsi l'éventail d'actions à votre disposition : sauter, s'aggriper, se propulser vers une paroi en face, faire des roulades... Vous n'avez pas grand chose à envier au héros de Prince of Persia !

Alors que vous arrivez au sommet, un grondement sourd se fait entendre tandis qu'un pied immense entre soudainement dans votre champ de vision. Vous venez de rencontrer votre premier colosse. Lui ne vous a pas encore vu. En levant l'épée, les rayons du soleil vous indiquent où se situent ses points faibles. Une fois ceux-ci repérés, vous pouvez vous élancer vers le talon du géant, à partir duquel vous allez devoir remonter jusqu'à la tête...


Avec Shadow of the Colossus, le jeu vidéo atteint son concept le plus épuré. En premier lieu, l'histoire est réduite à son strict minimum émotionnel. Au cours du jeu, vous n'aurez guère plus d'informations sur les circonstances ayant amené le héros en ce lieu que celles contenues dans le résumé ouvrant cette critique. A partir de là, l'identification avec le personnage fonctionne énormément, puisque chaque joueur réagit de manière personnelle au pacte faustien proposé par Dormin. Tuer les colosses, oui, mais pour quelle raison ? Uniquement ramener votre bien-aimée d'entre les morts. Et quel est le prix à payer ? Le meurtre de colosses ancestraux, dont vous ignorez la nature exacte. bien que tout laisse à penser qu'ils sont des gardiens protecteurs. Alors, joueur, es-tu prêt à vendre ton âme ? Chacun fera son choix. A titre d'exemple, Aurélia a décidé de ne pas y jouer, après avoir assisté à la mise à mort du premier colosse, le côté tragique de sa chute étant de plus appuyé par une musique triste et nostalgique.

Par contre, si comme moi, vous décidez de poursuivre l'aventure, sachez que vous risquez l'immersion totale dans un monde à l'ambiance magnifique. Avec ce concept, Fumito Ueda touche à l'essence même du jeu vidéo, l'univers de Shadow of the Colossus faisant preuve d'un sens de l'épure incomparable. Tout d'abord, le concept des colosses lui-même synthétise une grande partie des jeux vidéo. Ici, l'exploration, assez sommaire, se résume à traverser des étendues immenses et variées afin de débusquer votre prochain adversaire. Fini, la structure niveaux/ennemis/boss. Ici, le colosse est tout cela à la fois, puisque le jeu peut se résumer au schéma suivant : localiser le colosse dans un des recoins de l'immense plaine, trouver son point faible, l'escalader pour atteindre son centre vital et le vaincre. Enoncé ainsi, cela peut sembler limité, et c'est pourtant tout ce qui fait la magie du jeu.


Les chevauchées uniquement rythmées par les galops d'Agro permettent l'immersion dans l'univers, précédant la fascination liée à la découverte des antres des colosses, toutes à l'architecture plus magnifique les unes que les autres. La PS2 est poussé dans ses retranchements techniques pour nous livrer une aire de jeu immense constituée d'une seule et unique zone (pas de temps de chargement entre les différents lieux), offrant, qui plus est, une profondeur de champ inédite, permettant de voir chaque élément du décor depuis des distances extrèmement éloignées.

Baigné d'une lumière cotonneuse, bercé par les compositions de Kô Otani (Ailes Grises), laissez vous tenter par l'invitation de Shadow of the Colossus à vivre des luttes homériques dans un univers d'une poésie inouïe.

mercredi, mars 01, 2006

Le Nouveau Monde (Terrence Malick)

1607. La découverte de la Virginie par une expédition britannique. La rencontre de deux peuples, les indiens natifs d'Amérique et les colons. La lutte pour la conquête du "nouveau monde". L'histoire d'amour entre John Smith, capitaine anglais, et Pocahontas, fille du chef indien Powhatan. Comment pour cette jeune fille vivant en communion avec la nature, le "nouveau monde" va devenir le paradis perdu...

Vous avez sûrement déjà tout lu sur Le Nouveau Monde. Terrence Malick, cinéaste le plus autarcique du monde depuis Stanley Kubrick, vient de réaliser son quatrième film en trente ans. Comme les trois précédents, il s'agit à nouveau d'une réussite, encensée de toutes parts par la critique. On y retrouve, comme dans La Ligne rouge, ce rapport panthéiste avec la nature, cette capacité à s'éloigner des conventions narratives pour créer un poème audiovisuel, où la lumière, la musique, les sons et l'utilisation de la voix off, nous invitent à une expérience mystique et unique.

Que puis-je ajouter qui n'ait déjà été dit ailleurs ? Rien, sinon que si vous n'avez pas encore vu ce film, dépêchez vous d'y aller.

Week-end imposé

Hier soir, après un petit repas japonais chez Higuma (Gyoza et Yakinikudon toujours aussi excellents), direction le Gaumont Opéra Premier pour Le Nouveau Monde. Terrence Mallick filme toujours la nature comme personne. J'ai adoré le film. J'y reviens plus en détails dans un prochain billet.

Aujourd'hui et demain, journées de RTT imposés. Oui, deux jours de repos, c'est cool. Maintenant, quand c'est décidé la veille à 10h00, parce qu'on se rend compte à l'administration que j'ai pas mal d'heures à récupérer et qu'à partir de la semaine prochaine, ça va être mission impossible, c'est un poil moins apprécié. Mais bon, je vais bien réussir à en profiter quand même.

Au programme, en vrac : séances ciné avec ma chére et tendre, avec au choix, Brokeback Mountain, L'Ivresse du pouvoir, Syriana, Get rich or die trying, Walk the Line, Mémoires d'une Geisha, 13 Tzameti. Aller faire un tour chez le coiffeur afin d'arrêter de ressembler à un fils caché des Beatles. Acheter un réveil pour ne plus être obligé de dormir trop près du téléphone portable et m'inquièter un peu moins des quantités d'ondes téléphoniques reçues par mon cerveau pendant la nuit. Ranger l'appartement. Terminer Shadow of the Colossus pendant qu'Aurélia fait sa tournée de factrice, vu qu'elle ne supporte pas d'assister à la mort des colosses du jeu, qui, il est vrai, est mise en scène de manière à faire culpabiliser le joueur (j'essaie d'y revenir également dans un billet plus détaillé une fois que j'ai fini le jeu). Finalement, 48 heures, ça va peut-être faire un peu court. Mais, bon, un week-end au milieu de la semaine, ça ne se refuse pas.

Bande-son du moment : les bruissements d'ailes de Piou-piou qui vole dans l'appartement.

dimanche, février 26, 2006

La Maison du diable (Robert Wise)


Titre original : The Haunting (1963)
Découvert en DVD aujourd'hui.

Chercheur en parapsychologie, la professeur Markway rassemble des gens liés de plus ou moins loin au surnaturel dans une maison hantée, dans le but d'arriver à établir des faits scientifiques sur l'existence de forces spirituelles. Parmi les invités, Eleanor, qui voit dans ce séjour l'opportunité de tirer un trait sur un lourd passé familial, va se retrouver confrontée à d'inquiétants phénomènes...

Réalisé en 1963, La Maison du Diable marque le retour de Robert Wise (Le Jour où la terre s'arrêta, West Side Story) au fantastique, genre dans lequel il avait effectué ses débuts à la mise en scène en 1944. Succédant à La Nuit de tous les mystères (William Castle) et Les Innocents (Jack Clayton), cette adaptation d'un roman de Shirley Jackson va finir de poser les bases d'un sous-genre bien précis : le film de maison hantée.

Découvrir le film aujourd'hui, c'est d'abord être confronté à des scènes devenues extrèmement clichés, suite au nombre de films de maison hantée de plus ou moins bonne qualité que tout spectateur actuel a ingurgité. De plus, les personnages et l'intrigue cessent quasiment d'évoluer à la moitié du film, ne laissant plus qu'une succesion de scènes d'horreur, qui, malheureusement ont énormèment perdu de leur efficacité en terme d'effroi.

Elles conservent tout de même un intérêt esthétique énorme, de par le sens du cadre, l'utilisation de la profondeur de champ, et l'excellent travail sonore. Un mot au sujet des superbes décors gothiques mis en valeur par un magnifique noir et blanc, ainsi qu'une mention à l'équipe des effets spéciaux pour la séquence où la porte se déforme. Enfin, les acteurs, sans être inoubliables, parviennent à nous faire rentrer dans l'histoire, en plus de faire passer de manière trouble l'ambiguité sexuelle de certains dialogues.

Une preuve de plus du talent de Robert Wise, qui a défaut d'être un auteur comme Orson Welles, dont il a monté les deux premiers films, a su être un excellent "filmmaker", livrant régulièrement de très bons films, contrairement à Jan De Bont, qui, en 1999, a réalisé un calamiteux remake de La Maison du diable, intitulé Hantise.

Retour au bercail

Aurélia est rentrée hier matin. Ça me fait un bien fou. Moi qui faisais mon macho que la séparation temporaire ne toucherait pas. Piou-piou a beaucoup chanté. Tout est dit.

jeudi, février 23, 2006

Coup de tête

Une journée relativement calme au travail. Je rentre tranquillement à pied à la maison; je suis au téléphone avec Emmanuelle pour lui dire que je ne passerai pas la voir, quand, soudain, un black d'une trentaine d'années que j'allais croiser s'écarte de sa trajectoire alors qu'il est à deux mètres de moi, avance vers moi les yeux exorbités et me fout un magistral coup de boule. J'ai à peine le temps de comprendre ce qui se passe que le mec a déjà repris sa route en se contentant de me hurler de dos : "T'en veux encore ?".

Sur le coup, je reste immobile, un peu sonné et me contente de lui crier un simple "T'es con ou quoi ?" histoire d'évacuer la colère qui vient de monter. Un passant s'approche de moi pour voir si je vais bien et me demande si je le connais. Bien évidemment, non.

Et plus que le coup et la douleur aigüe, ce qui m'énerve le plus, c'est de ne pas savoir ce qui a motivé son geste : était-il simplement fou ? M'a-t'il pris pour quelqu'un d'autre ? Ou bien avait-il simplement besoin de se soulager en frappant le premier passant venu là où les plus nerveux se contentent de mettre des coups dans des portes ou des murs ?

Alors, finalement, une heure après, je décide d'arrêter d'y penser. Et quel meilleur exutoire que de rédiger un petit billet sur mon blog pour faire partager cette histoire à tous les internautes qui consulteront cette page par hasard ? Voilà, ça, c'est fait. Maintenant, je tire un trait sur cette mésaventure et m'en vais préparer le bain de Piou-piou (souvenez-vous, le canari du billet précédent).

mercredi, février 22, 2006

A Paris abandonné... canaris et canapé...

Ma chère et tendre m'a abandonné le temps de passer quelques jours dans sa famille sur la Côte. Je me retrouve seul dans l'appartement, avec un canari.

Par moments, je pourrai me croire dans Le Samouraï de Melville. A la différence qu'Alain Delon a la bêtise de ne pas laisser son canari sortir de sa cage. Son personnage ferait sûrement moins la gueule si tout comme moi, il était assailli par un volatile, au beau milieu de son combat contre le troisième géant de Shadow of the Colossus, LE chef-d'oeuvre vidéoludique de ce début d'année.

Allez, fini de jouer, il me reste une petite heure pour ranger et préparer à manger avant de recevoir Jess et Sandy, qui vienne me tenir compagnie pour le dîner. Et moi qui n'ai pas préparé de poulet au curry depuis près d'un an...

Bande-son du moment : Belle & Sebastian - Act of the Apostle II

lundi, février 20, 2006

Fauteuils d'orchestre (Daniele Thompson)

Le film de Danièle Thompson est l'excellente surprise de ce début d'année. D'une facture classique, sa force repose bien évidemment sur son casting impeccable, où tous les interprètes servent à merveille des personnages réussis. Et surtout, sur sa structure scénaristique.

Fraîchement débarquée de Macon, la jeune Jessica (Cécile De France) arrive dans la capitale avec l'envie, héritée de sa grand-mère (Suzanne Flon dans son ultime rôle) de cotoyer le grand monde. A la recherche d'un travail, elle arrive à se faire embaucher en renfort au Bar des Théâtres, dont le patron appréhende "la soirée du 17" au cours de laquelle auront lieu simultanément le concert du pianiste virtuose Jean-François Lefort (Albert Dupontel), la représentation d'une pièce de Feydeau avec Catherine Versen (Valérie Lemercier), actrice populaire de la télévision qui rêve d'incarner Simone de Beauvoir pour un célèbre metteur en scène américain, et la mise aux enchères de l'imposante collection de Jacques Grumberg (Claude Brasseur), qui souhaite tirer ainsi un trait sur tout un pan de sa vie.

Avec un tel sujet dans un tel microcosme, on était en droit de s'attend à un film intello réalisé par et pour des parisiens fortunés. Il n'en est rien. En développant de multiples intrigues, qui s'épousent chacune en d'habiles contrepoints, Danièle et Christopher Thompson (qui joue également dans le film) livrent un scénario choral extrèmement réussi, où chaque personnage réussit à exister. Il faut également saluer les excellentes prestations de chacun des comédiens qui sont tous plus justes les uns que les autres. Le scénario est une véritable partition, où les histoires de chacun se croisent et résonnent les unes par rapport aux autres, à la manière d'une musique orchestrale. On mentionnera notamment Albert Dupontel, qui nous ayant habitué à des personnages plus ou moins déjantés, insuffle une réelle identité à ce personnage de pianiste qui souhaite défaire la musique classique de son apparat luxueux afin de faire partager sa passion aux foules.

La vulgarisation de tous les arts semble d'ailleurs être l'enjeu du film, qui les traite tous de front (théatre, musique, peinture, sculpture) et de la même manière. Quand Jessica déclare devant Le Baiser de Brancusi que c'est une oeuvre qui donne envie d'être amoureux, Jacques lui répond que cette déclaration aurait fait plaisir au sculpteur. A travers cette réplique, c'est un des propos majeurs du film que de rappeler que l'Art est avant tout un reflet de la vie et ne doit pas seulement être uniquement perçu à travers un mode intellectuel, mais relève avant tout du ressenti.

C'est là que réside la grande force de ce film, qui évite l'écueil du poncif intellectuel, en nous invitant à partager la vie d'une communauté réellement touchante. Comme quoi rien n'empêche de mêler arts majeurs et divertissement populaire de manière réusssie.

samedi, février 18, 2006

Ouverture

Après une première tentative de blog , nouveau départ ici. Au menu, critiques cinéma et dvd, reflexions personnelles et états d'âme... En essayant d'être plus régulier cette fois.

lundi, janvier 02, 2006

Le Retour

Bonne année à tous.

Et pour bien démarrer l'année, rien de tel qu'une bonne nouvelle. En l'occurence, le retour de votre serviteur dans la blogosphère.

Tout d'abord, un petit résumé de ce qui m'est arrivé au cours de cette éclipse de deux mois. Premier grand bouleversement : j'ai enfin quitté McDo. Pour retourner à l'école de cinéma où j'avais fait mes études, mais cette fois-ci de l'autre côté de la barrière, puisque j'y suis maintenant assistant technique. Je m'occupe donc de la maintenance du matériel audiovisuel appartenant à l'école, de sa préparation pour les départs en tournage à sa réparation lorsque les étudiants sont un peu trop violents ou maladroits (ce qui est heureusement assez rare), ainsi que de louer le matériel supplémentaire nécessaire à certains tournages.

Autre grand bouleversement : l'arrivée d'un nouvel habitant dans l'appartement qu'Aurélia et moi occupons. Il s'agit d'un canari qui a dû s'échapper de sa cage et qu'Aurélia a trouvé au milieu de la rue, en rentrant du boulot. Ce dernier a successivement échappé au piétinement de Parisiens qui ne regardent pas où ils marchent, au démarrage d'une camionette sous laquelle il était aller chercher refuge pour échapper à la foule et surtout à l'estomac d'un commercant en textile chinois, qui après avoir fourni à Aurélia un sac pour le capturer, lui conseilla de le déguster "légèrement roti avec un peu de sel". Nous n'en avons rien fait et Piou-piou (c'est son nom) partage désormains ses journées avec nous, nous offrant un accompagnement musical original de nos CD préférés (notamment ces derniers temps, depuis que nous avons acquis le dernier album de Franz Ferdinand) entre deux dégustations de millet.

Sur ce, je vous souhaite à tous mes meilleurs voeux. A bientôt.




vendredi, novembre 11, 2005

Sur la plage abandonnée...

Ce blog est abandonné, délaissé, en friches, choisissez le terme que vous voulez. Je n'ai malheureusement plus de temps à lui consacrer en ce moment et j'en suis désolé. Il m'a redonné le goût d'écrire, m'a permis de rencontrer quelques personnes sympas (Philippe, Pauline, Momo,...) ainsi que d'autres blogs très intéressants (notamment celui de Peter Pan).
Mais, pour moi, le temps du blog est révolu (provisoirement, du moins). Ce fut vraiment un bon moment, mais là, je n'ai plus le temps de critiquer les films que je vois, ni de vous raconter ma vie. L'envie m'en reprendra peut-être plus tard. Et cela se passerra sûrement ici... Mais pour l'instant, je vous fais mes adieux.
Encore un grand merci à tous ceux qui en laissant des commentaires m'ont permis d'aller visiter leurs blogs et de partager leurs passions.


A bientôt.

dimanche, octobre 30, 2005

By Night "online"

Voilà, je vous embête avec ce court-métrage depuis trois billets. Mais beaucoup d'entre vous ne pouvaient pas le voir. Aujourd'hui, la chose est réparée. By Night est enfin en ligne, grâce à Emmanuelle qui en propose deux versions en haute et moyenne définition sur son site. Attention, chacune nécessite Quicktime, et plus particulièrement Quicktime 7 pour la version haute déf. Pour l'instant, les deux fichiers sont assez lourds, mais j'espère vous en proposer une version un peu plus légère incessament sous peu.

Tant que j'y suis, j'en profite également pour faire de la pub pour un des grands gagnants du concours 48 Hour Film Project, qui a d'ailleurs largement mérité ses récompenses : La Corde Sensible, de Julien Lecat & Sylvain Pioutaz, qui a remporté pas moins de 5 prix, excusez du peu : meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleur respect du genre imposé, meilleure utilisation de l'accessoire imposé (le tire-bouchon) et prix du public. Derrière ce film se cache une équipe bien rôdée, puisque Guyom Corp, société à laquelle est associée Mathieu Kassovitz, produit également Demain La Veille, un court-métrage de S-F des mêmes réalisateurs, assez prometteur au vu du site officiel du film.

De mon côté, je suis bien curieux de découvrir d'autres films ayant participé à cette compétition. Si jamais votre film est en ligne, n'hésitez surtout pas à laisser un commentaire dans ce billet pour me le signaler.

jeudi, octobre 27, 2005

Verdict

Vendredi après-midi, réception dans la boîte mail, des résultats du 48HFP et des douze (au lieu de dix initialement prévus) films qui auront les honneurs d'une projection mardi soir. Déception, By Night n'est pas parmi eux. Immédiatement, j'appelle Emmanuelle et Nathalie pour les mettre au courant. Répondeurs... Même pas quelqu'un avec qui partager ma frustration et ma déception.

Parmi les douze, il y en a 3 que nous avons pu voir samedi soir lors de la projection. Parmi eux, deux sont indéniablement réussis, mais je ne peux m'empêcher d'être jaloux du troisième, qui était vraiment à l'arrache (pas de scénario, des images moches et juste une succession de scènes sans queue ni tête où seul le charisme du comédien principal sauve le tout.

Alors, oui, je suis jaloux. Car j'ai le sentiment que notre film a été botté en touche principalement car, contrairement aux autres films de la compétition, il était trop sérieux. Et puis, finalement, la colère et la jalousie passe. Finalement, je préfère oublier la compétition et juste continuer à m'occuper du film. Car, même s'il est loin d'être parfait, il possède suffisament de qualités pour avoir envie de le faire exister un peu plus. C'est d'ailleurs ce à quoi Nathalie, Emmanuelle et moi allons nous atteler dès ce week-end en nous remettant à peaufiner le mixage.

Hier avait lieu la remise des prix et la projection des meilleurs films du festival. Je n'y étais pas. Parce que je savais que la salle était très petite et que je risquais de me retrouver dehors. Parce que je n'avais pas envie d'assister à un éventuel sacre d'Eliminé. Parce que je préfère ne pas savoir si les films récompensés sont vraiment meilleurs que le nôtre, ce qui est quand même sûrement le cas. Ca peut paraître égoïste et égocentrique, mais suite aux problèmes de projection de notre film, je préférais surtout ne pas revoir les organisateurs.

Si des membres de l'équipe lisent par hasard ce billet, je tiens encore à les remercier de s'être investi dans ce film. D'avoir donné toute leur énergie au cours de ces 48 heures, d'avoir cru en ce film autant que les trois co-réalisateurs. D'avoir permis à ce film d'exister. Encore un gros gros merci pour votre professionalisme et votre passion.

Ce qu'il reste de By Night, c'est le souvenir d'un week-end épuisant, à la fois long et trop court, intense, magnifique, qui m'a rappellé combien je veux faire de ce travail mon métier. Afin de pouvoir vivre de ma passion.

vendredi, octobre 21, 2005

By Night

Contrairement à ce que je pensais, je n'ai pas pris le temps de vous rédiger le compte-rendu du tournage... et je ne le ferai pas maintenant, car l'expérience semble déjà loin et je risquerai d'idéaliser un week-end qui fut le théâtre d'émotions diverses et nombreuses. Promis, si je reparticipe l'année prochaine, on embauche quelqu'un pour réaliser un making-of.

Samedi soir dernier, projection de By Night, à l'Action Christine Odéon. Tout d'abord, c'est l'excitation et le plaisir lié à l'attente de voir le film sur grand écran. Mais c'est aussi l'angoisse de se comparer au travail des autres. Car il est difficile de ne pas garder à l'esprit que 48 Hour Film est aussi une compétition,... même si l'essentiel fut bien sûr de réaliser un film dont on soit fier.

La projection de notre groupe, qui comporte dix court-métrages, nous fait passer en septième position. Il faut donc patienter une heure avant de voir notre tour arriver. Pendant ce temps, nous voyons donc six court-métrages, plus ou moins réussis, mais tous terminés, qui ont été réalisé dans les mêmes contraintes que les nôtres. En les regardant, je n'arrive pas à me laisser aller au simple plaisir du spectateur, et ne peux m'empêcher de juger chaque film pour savoir si il a plus de chances que le nôtre de finir dans les dix meilleurs et donc d'avoir droit à une projection lors de la soirée de remise des prix.

Finalement, quand arrive notre tour, ce n'est pas le plaisir attendu mais la colère liée à une appréhension bien précise. Lorsque nous avons fait la sortie sur bande, nous n'avons pas eu le temps d'effectuer la conversion en letterbox, qui aurait permis de voir notre film tourné en 16:9 correctement sur l'écran du Christine Odéon. Lors de la remise de la K7 à la fin des 48 heures, j'ai bien précisé ce problème, ce à quoi Frédéric de Brabant, l'un des deux organisateurs, m'avait répondu que cela ne posait pas de soucis et que la conversion serait faite par leurs soins. Mais, là, maintenant, sous nos yeux, nous voyons notre film en version étirée. Et si cela pouvait encore rester discret lors du générique, le premier gros plan du film, sur Elise, amoche méchamment l'actrice, tout en annoncant la couleur pour les scènes suivantes. Ajouter à cela un son quasi inaudible (alors que notre mixage a été fait dans les normes) et une colorimétrie défaillante (sûrement liée aux conditions de projection), et la projection nous a semblé à tous un véritable cauchemar.

En sortant, Jess (le chef-opérateur) et moi allons voir Frédéric de Brabant pour lui demander si le jury l'a vu dans les mêmes conditions. Il nous répond que le problème est uniquement liée à cette projection, que l'opérateur avait demandé la conversion mais qu'elle n'a pas été prise en compte par la machine, mais que le jury a vu notre film la veille dans de bonnes conditions. Jess et moi y croyons à moitié, mais bon... On ne peut rien faire contre ça.

Une fois dehors, on discute avec l'équipe et les amis qui sont venus voir le film. Nathalie (qui était à l'ESEC avec moi) me confirme que techniquement, nous restons dans le dessus du panier (malgrè la diffusion en étiré). Le frère de Nathalie (la co-réalisatrice, cette fois) nous remonte le moral à Emmanuelle, Nathalie et moi, en nous encourageant à continuer et en insistant sur le fait que notre film possède le sens de la mise en scène, ce qui n'était pas le cas de tous ce soir-là. Quant à Emmanuelle, elle a droit à de réels compliments de l'ensembles des acteurs et de Kyann en particulier concernant la qualité de sa direction des comédiens.

Alors, malgrè tout, on se dit que notre film sortait du lot. Et on continue à espérer que le film sera sélectionné dans les dix meilleurs...

(à suivre)

mardi, octobre 11, 2005

De retour après un week-end marathon

Salut à tous. Après avoir délaissé le blog quelques temps, me voici de retour. Vous vous demandez ce qu'il m'est arrivé durant ce petit mois d'absence. Rien de grave, je vous rassure. J'ai continué ma routine à McDo, profité d'une semaine de vacances sur la Côte d'Azur, et surtout, préparé la réalisation d'un court-métrage dans le cadre du concours 48 Hour Film Project - Faire un film en 48 heures.




Le principe de ce concours, qui s'est déroulé ce week-end, était de réaliser un film de A à Z (écriture du scénario, tournage, post-production) en moins de 48 heures. Pour éviter toute tricherie et un tournage anticipé, la règle impose de réaliser le film dans un genre précis (science-fiction, romance, horreur, fantastique, comédie musicale ou western, etc...) tiré au sort le vendredi soir à 19h. A cela s'ajoute la contrainte d'intégrer dans le film un personnage, une ligne de dialogue et un accessoire précis.

Emmanuelle, Nathalie et moi (les 3 co-producteurs-scénaristes-réalisateurs) avons tiré au sort le genre "policier". Toutes les équipes avaient les mêmes contraintes : Personnage : N. Raynal, candidat éliminé de la Star Academy; Accessoire : tire-bouchon; Ligne de dialogue : "Je n'aime pas ça." Le résultat (rendu le dimanche à 18h58 !!) s'intitule By Nighthttp://www.48hourfilm.com/paris/paris05.htm et dure 7 minutes 14.

Synopsis : Le principal contact de Thomas avec la réalité se fait par le prisme de sa petite caméra DV, qui l'accompagne dans tous ses déplacements. Le jour où Élise le contacte pour lui annoncer la disparition de son ami Michel, Thomas décide de mener l'enquête. Au cours de celle-ci, Thomas va réaliser à quel point Michel lui est inconnu...

Malgrè de légères imperfections, liées aux conditions marathons de tournage, nous en sommes très contents et invitons les personnes curieuses de le découvrir à assister aux projections qui suivent le concours. Notre film, ainsi que 12 autres réalisés dans les mêmes conditions, sera projeté aux cours de 2 séances à l'Action Christine Odéon, 4 rue Christine, 75006 Paris.

Séance 1 : Vendredi 14 Octobre - 18 h
Séance 2 : Samedi 15 Octobre - 22h (en présence de l'équipe)
Tarif unique : 5,50 euros.

Maintenant que j'ai fait ma pub, je vais pouvoir m'atteler à la rédaction d'un compte-rendu de ce tournage épique, que je souhaite vous faire partager par la suite dans ce blog.

mardi, septembre 20, 2005

Appleseed (Shinji Aramaki, 2004)

Tout comme les deux Ghost In The Shell de Mamoru Oshii, Appleseed est une adaptation d'un manga de Masamune Shirow. Mais là où le réalisateur d'Avalon adaptait le monde de Shirow à ses propres obsessions sur les frontières entre virtualité et réalité, Aramaki livre une adaptation plus impersonnelle, se contentant de reprendre et d'affadir la trame principale des cinq tomes, condamnant d'emblée Appleseed le film à être moins réussi que les deux chefs-d'oeuvre précités.

Aujourd'hui, j'ai la flemme, alors je reprends le résumé du dossier de presse :
En 2131, les bioroïds - clones créées pour réfréner les passions humaines - vivent en harmonie avec leurs créateurs dans la belle cité d'Olympus.
A l'aube d'une nouvelle menace, le commandant Deunan est mandaté pour empêcher un génocide bioroïd. Mais cette guerrière d'élite se révèle être la pièce maîtresse d'un puzzle dont elle ignore encore les règles et les conséquences : la survie des deux espèces.

Le film commence très mal... J'ai d'ailleurs failli quitter la salle au bout de dix minutes. En effet, la scène d'introduction voit Deunan affronter seule une équipe de mercenaires suréquipés, sur une musique techno plutôt bourrine. Le découpage technique est assez déplorable et le graphisme particulier, mélangeant des personnages en 2D traditionnelle sur des décors en 3D (assez pauvre par rapport au vertige graphique offert par Ghost in the Shell 2: Innocence), ne sauve pas les choses. On se dit que la scène (et donc le film) est ciblé uniquement pour les jeunes ados hardcore-gamers, qui y prendront peut-être plaisir. S'ensuit une introduction un peu poussive mais qui permet tout de même d'installer les personnages, de révéler rapidement les liens entre Briaeros et Dunan, et commence à offrir une mise en scène un peu plus inventive qu'au début.

Le film se poursuit tranquillement, révélant ses faiblesses principalement dans les séquences d'action. L'intrigue, assez prévisible, reste sympathique, bien qu'encore une fois simplifiée à l'extrème par rapport au manga d'origine, qui mélait efficacement action, réflexion et anticipation géopolitique. Au milieu du film, une scène rehausse le niveau et relance l'intérêt du spectateur : une scène où l'espace géographique réel où se situe Dunan se mêle à l'espace holographique des archives l'obligeant à revivre un certain traumatisme. La fin, elle aussi, est plus réussie, arrivant par moments à atteindre un certain souffle épique.

Au final, Appleseed reste un anime correct, mais bien en dessous de l'oeuvre dessinée dont il est tiré. Et un film décevant de la part des studios IG qui nous ont habitués à un standard de qualité supérieur, Appleseed faisant par trop souvent pensé à une cinématique de (mauvais) jeu vidéo. Cela n'empêche pas Shinji Aramaki de préparer un deuxième volet, que l'on espère plus ambitieux et plus réussi techniquement, rendant ainsi honneur à l'excellent manga de Masamune Shirow

lundi, septembre 19, 2005

Kiss Kiss Bang Bang (Shane Black, 2005)

Si vous l'on vous dit que Kiss Kiss Bang Bang est un premier film, vous allez sûrement vous imaginer que son réalisateur Shane Black est un petit nouveau qui débute dans le milieu. Mais si le distributeur français a décidé de faire précéder le titre d'un mystérieux Shane Black's, au grand désarroi des caissières du cinéma qui ne comprennent pas pourquoi certains spectateurs demandent des places pour "Shane Black", c'est que le monsieur jouit d'une certaine réputation dans les cercles cinéphiles. En effet, Shane Black est avant tout scénariste et a donné ses lettres de noblesse au buddy movie, genre hollywoodien majeur de la fin des années 80.

Le script de L'Arme Fatale, relecture personnelle du mythe de Frankenstein, où le flic suicidaire incarné par Mel Gibson reprend goût à la vie au contact de son partenaire vieillissant Danny Glover entre deux séquences d'action, c'est lui. Le Dernier Samaritain, avec un Bruce Willis autodestructeur et d'une coolitude extrème, balancant régulièrement des punchlines définitives sur le cinéma hollywoodien, (influençant au passage un certain Quentin Tarantino, qui n'a jamais caché son attachement au film de Tony Scott), c'est encore lui. Last Action Hero, le chef-d'oeuvre sous-estimé de McTiernan, où le travail sur les rapports entre réalité et fiction deviennent carrément le sujet principal du film, c'est toujours lui.

Pourtant, depuis 1996, et le moins indispensable Au Revoir A Jamais (qui reste un sommet de la filmographie plutôt calamiteuse de Renny Harlin), l'homme semblait avoir disparu de la sphère hollywoodienne. Sorti d'un certain A.W.O.L., dont il a écrit le scénario, resté inédit dans les salles françaises pour de judicieuses raisons selon ceux qui ont vu le film, il aura donc fallu attendre une petite dizaine d'années pour qu'il effectue son come-back avec ce brillant Kiss Kiss Bang Bang.

Brillant par ses répliques, sa coolitude, sa narration et son travail sur le genre du film noir (chaque chapitre du film doit son nom à un livre de Raymond Chandler). Les acteurs semblent prendre un réel plaisir à jouer et l'on retiendra surtout la performance de Robert Downey Jr., plus souvent présent ces dernières années en une des tabloïds à cause de ses frasques qu'en haut des affiches de cinéma, et qui nous rappelle ici à quel point il peut être diablement bon.

Toutefois, Shane Black ne se contente pas de reprendre les formules qu'il a lui même créées, mais souhaite les dépasser en créant une distance par rapport au récit fictionnel, autrement dit une version post-moderne du buddy-movie, ce qu'il avait déjà amorcé dans Le Dernier Samaritain et mené de main de maître dans Last Action Hero. Le récit devient donc ambigu entre la manière sincère qu'il a de développer ses personnages, arrivant par moment à créer des réels moments d'émotion, pour tout d'un coup rebasculer dans la distanciation et la mise en abîme. Autre problème, depuis 1992, Tarantino a déjà dynamité les règles du film noir avec Reservoir Dogs et Pulp Fiction. Et c'est difficilement que le film de Shane Black passera dérrière lui auprès des spectateurs qui n'y verront probablement qu'une vaine tentative de copier l'original. Ironie tragique quand on sait combien le réalisateur de Kill Bill tient Black en haute estime.

Que tout cela ne vous empêche pas d'aller voir Kiss Kiss Bang Bang, un des films les plus réjouissants de l'année, qui vous fera sans aucun doute passer un très agréable moment.